Quand l’obsession de maigrir fait grossir

Dr Dominique BOUTE

« Il faut que je maigrisse… » combien de fois vous êtes-vous dis cela dans votre vie. Et combien de régimes, de frustration, de sentiment d’échec…

Cette obsession de toujours tout devoir contrôler pour maigrir s’appelle la « Restriction cognitive ». Cette restriction cognitive fait partie des facteurs aggravant le poids. Nous sommes dans un vrai paradoxe : l’obsession de maigrir fait grossir.

Perturbations de la relation à l’aliment

C’est connu depuis très longtemps que la restriction cognitive perturbe la relation à l’aliment autrement dit le comportement alimentaire.

Dès les années 1975, une étude américaine avait montrer que la restriction cognitive augmentait la sensibilité au stimulus alimentaire qui est notre capacité à résister à la vue, l’odeur, la pensée, le goût d’un aliment. Plus on se restreint, plus on « craque » facilement sur les aliments.

La restriction cognitive peut aussi déclencher des réactions compulsives c’est à dire un sentiment de perte de contrôle. « Je me restreins, je me frustre, je me sens mal, je mange, je me culpabilise »… Ainsi, l’« hypercontrôle » conduit à la perte de contrôle. C’est la « prédiction autoréalisante » : on finit par déclencher ce que l’on craint qu’il nous arrive.

Dernier point : Quand on pense, on ne ressent pas. Le fait de toujours se demander si l’on peut manger ou pas tel aliment, si l’on fait bien ou pas, si l’on va maigrir… fait que l’on est en permanence en train de penser (le contrôle mental), on n’est pas en train de sentir, on n’est pas à l’écoute de ses sensations, à l’écoute de son corps.

Perturbations émotionnelles

Un autre élément peu souligné mais qui me paraît dévastateur est l’impact de l’obsession de maigrir sur la régulation émotionnelle. Je vois toutes les semaines en consultation des patientes (oui c’est plus fréquent chez vous mesdames) en permanence en combat contre elle-même. Elles sont en permanence en train d’activer leur système émotionnel dans un processus d’hyperactivation. Le problème est que cette hyperactivation « chronique » (car quasi permanente) conduit à les faire sortir de leur fenêtre de tolérance émotionnelle ce qui s’apparente à un véritable « psychotraumatisme ». L’obsession de maigrir devient, dans ce cadre, un véritable psychotraumatisme. Ceci peut conduire à de véritables perturbations du système émotionnel.

Sortir de la culpabilisation de la « stabilisation »

Considérez que si un « régime » vous a « fait maigrir » mais que vous avez repris votre poids voire plus de poids, ce n’est pas que vous avez mal fait les choses, c’est peut-être que vous les avez mal regardées… Combien de mes patient(e)s se culpabilisent d’avoir échoué en me disant : « c’est de ma faute, je n’ai pas fait la stabilisation »…

Tous les régimes que l’on vous propose vont surfer sur cette sacro sainte « stabilisation ». Tout est fait pour vous culpabiliser. Ce n’est pas le régime qui marche pas, c’est vous qui n’avez pas fait la stabilisation…

Il n’y a pas de régime pour maigrir ou de régime pour stabiliser… 

Il faut bien intégrer que la masse grasse représente notre réserve d’énergie et que notre corps cherche à tout prix à préserver les réserves d’énergie. C’est pour lui un mécanisme vital. Votre poids résulte d’une interaction avec votre hérédité et un environnement plus ou moins « engraissant » autrement dit des habitudes de vie favorisant le stockage. L’amaigrissement résulte d’une réduction des apports énergétiques par rapport aux dépenses d’énergie. En perdant du poids, vous réduirez forcément vos dépenses d’énergie car « moins on est lourd, moins on dépense d’énergie ». Ce qui fait que « chassez le naturel, il reviendra vite au galop ». Autrement dit : on ne guérit pas d’un problème de poids. C’est pour cela qu’il n’y a pas de régime pour stabiliser : tout ce que l’on met en place pour maigrir, il faut l’envisager pour tout le temps. 

Retrouver le plaisir

Si l’on veut que les choses s’inscrivent dans la durée, il faut qu’elles procurent du PLAISIR… Et c’est là que la restriction cognitive entre en jeu… Plus je me frustre, plus j’entre dans le déplaisir et plus j’abandonne. L’interdit crée le désir… L’interdit génère la frustration… L’interdit donne à l’aliment une place que l’aliment n’a pas…

La levée de la restriction cognitive, c’est la levée de l’interdit. Mais là je vous entend de loin avec vos réflexes : « Oui mais si je ne m’interdis rien, je ne vais pas maigrir… ». Plusieurs réflexions à ce sujet : 

  • Est ce que les interdits que vous vous êtes imposées, vous ont conduit à améliorer ou à aggraver votre poids ? 
  • Quelle quantité d’un aliment interdit vous auriez tendance à manger par rapport à un aliment que vous vous autorisez ? 
  • Un aliment autorisé ne devient-il pas banal ? Que représente-t-il par rapport à votre désir de changer ? 

S’apaiser pour changer

Pour levée la frustration, un des points fondamentaux est d’inscrire la démarche dans une véritable conduite de changement. Autrement dit, arrêtez de se focaliser sur le nombre de kilos pour se recentrer sur des changements CONCRETS.

Une fois que l’on sait où l’on veut aller, remettre les choses à leur vrai place autrement dit cessez de donner à l’aliment une place qu’il n’a pas… Ne plus raisonnez autour de l’aliment mais autour de son besoin : la sensation de faim, l’envie de se faire plaisir en mangeant… C’est cela l’approche comportementale.

Tout cela ne peut se faire que si l’on est APAISE(E) : on ne change que dans l’apaisement… C’est là l’importance de revenir au moment présent, au « là, ici, maintenant », revenir au « corps », revenir au vrai besoin de l’instant…

C’est là tout l’enjeu du nouveau regard sur les problèmes de poids.

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